Interview de Tilby Vattard, photographe

Tilby Vattard est un photographe basé dans un petit village à côté de Montpellier. Chez Chamina, nous avons eu un coup de cœur pour son travail, sa façon de capter la lumière et les regards, d’utiliser les ombres et la matière pour révéler la poésie du monde qui nous entoure. C’est donc tout naturellement que nous avons fait appel à lui pour réaliser un reportage auprès de nos clients sur nos séjours en Bretagne, aux Cinque Terre, dans le Massif central et sur les îles anglo-normandes. Son naturel et sa sympathie ont su mettre à l’aise nos randonneurs afin de capter l’ « esprit Chamina » dans une magnifique série de portraits, que nous vous invitons à découvrir en partie dans notre nouvelle brochure Chamina Voyages 2017-2018.

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Photo choisie pour la couverture Chamina Voyages 2017-2018

Randonneur, voyageur, amoureux des grands espaces et respectueux de la nature, voici l’interview d’un photographe de talent qui n’a pas fini de faire parler de lui.

Quelques mots sur toi ?

Je suis né en France en 1976, j’ai grandi en Provence et à Tahiti, en étant toujours assez proche de la nature. Après mes études d’arts visuels à Orléans, j’ai choisi de retrouver la lumière méditerranéenne, en m’installant dans le sud de la France à Montpellier. J’aime la nature, la liberté, le sport, l’escalade, la randonnée, le vélo, je pratique le Yoga, et je suis souvent par monts et par vaux…

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Tilby / © Suhas Chandra

Pourquoi la photo et comment qualifierais-tu ton travail ?

La photographie m’accompagne depuis longtemps, bien avant que je n’en fasse mon métier il y a environ dix ans. J’ai beaucoup travaillé avec ce médium en design graphique, cela me permettait de créer des univers imaginaires, en faisant des sortes de maquettes, retravaillées grâce au photomontage. Ces expérimentations ont donné lieu à mes premières séries de photos, où la réalité était recomposée, réinventée.

Aujourd’hui, mes travaux s’immiscent dans le monde urbain, un Orient poétique d’Istanbul à Bénarès, et c’est davantage la recherche de l’instant qui guide mon travail, la photographie épurée de toute construction est devenue un langage en soi. L’intérêt de l’acte photographique ne réside pas seulement dans les images réalisées, mais aussi dans l’acte physique qui l’accompagne, l’errance, et dans les expériences vécues grâce à elle. C’est un fabuleux moyen pour aller à la rencontre du monde, des gens, pour découvrir les choses plus en détails.

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Session photo sur le séjour « Chaîne des Puys avec un âne » © BC

Mes images se situent souvent à la frontière entre deux mondes, entre le réel et l’imaginaire, le sacré et la banalité du quotidien, et j’essaye par cette ambiguïté de révéler l’Invisible. J’aime que l’on hésite sur le sens de ce qu’il se passe dans l’image. La photographie a cette capacité à laisser transparaître notre regard intérieur, ce que l’on perçoit de “l’Ame du monde”.

Quel voyageur es-tu ?

J’aime le hasard, l’aventure, ce qui naît d’une rencontre inattendue : la richesse des voyages réside aussi dans le fait de savoir se laisser porter, d’écouter son intuition, et de ne pas trop organiser.

C’est une approche un peu poétique, comme celle que j’ai en photographie. J’ai eu jusqu’ici la chance de pouvoir partir souvent pour voyager, en France et à l’étranger, d’abord avec des objectifs un peu plus sportifs, comme pour faire des treks au Népal, au Ladakh en Inde du nord, ou plus simplement pour marcher et grimper dans les montagnes françaises, faire du cyclotourisme…

Au début je faisais plutôt de la traversée de territoires en mode touristique, que de l’approfondissement de connaissances des cultures locales.

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© Sandrine Celerier

Mais avec mon intérêt croissant pour la photographie depuis une dizaine d’année, mes déplacements à l’étranger se sont transformés en séjours prolongés dans certaines villes,dans lesquelles je marche beaucoup, que j’apprends à connaitre dans leurs détails, leurs nuances.

Y vivre quelques semaines me permet de mieux les comprendre, de me laisser imprégner par leurs atmosphères, et de mieux traduire ces ressentis dans mes images.

Un beau souvenir en randonnée ?

Il y a quelques années j’ai effectué par tronçons la traversée de Pyrénées d’ouest en est sur la H.R.P. (Haute Randonnée Pyrénéenne), en autonomie et en solitaire.

Lors d’un de ces séjours, marchant alors coté espagnol, dans le massif des Encantats non loin du pic de l’Aneto, un univers granitique constellé de lacs, j’avançais seul depuis plusieurs heures hors sentiers balisés, en vue d’un col vers 2.500 m qui devait me ramener sur le versant français, quand, au détour d’un vallon sauvage, coupé en 2 par un mince ruisseau, je tombe nez à nez avec un petit groupe de chevaux en liberté.

Eux sur une rive, et moi sur l’autre, tous surpris, le temps s’est arrêté et nous nous sommes observés, dans un échange silencieux, curieux et bienveillant. Puis ils ont franchi le cours d’eau, m’ont entouré en me regardant, en me respirant, j’étais très intimidé.

Loin de la civilisation, au cœur des montagnes, j’ai ressenti leur puissance, leur individualité, et un fort sentiment d’égalité avec ces êtres vivants. Je repense parfois à cette rencontre, en souhaitant que cette prise de conscience gagne un peu plus de monde.

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Session photo randonnée liberté en Auvergne © BC

Un voyage en Europe qui t’a marqué ?

Une virée d’un mois au Portugal à l’été 2006, d’environ 6.000 kilomètres, à bord de mon van VW de l’époque, nous étions 4 amis en vacances, sans d’autre objectifs que celui de s’arrêter où bon nous semblait. Un “road trip” en VW c’est un peu cliché, mais nous avons vécu de superbes moments de liberté, découvert un très beau pays où les gens sont d’une grande gentillesse, où la vie dans les campagnes semblait d’une heureuse simplicité.

Et juste un mot sur Sark, une des îles Anglo-Normandes proche de Guernesey où j’ai eu la chance de faire des prises de vues pour Chamina récemment, malgré sa petite taille et le peu de temps que j’y ai passé, elle m’a fasciné par son décalage affirmé avec la civilisation, par la préservation de ses paysage, de son rythme de vie ; c’était un vrai voyage dans le temps.

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Session photo sur les îles anglo-normandes © Tilby Vattard

Une région en France que tu affectionnes tout particulièrement ?

Nous avons la chance d’habiter un territoire à la grande richesse de paysages et aux cultures très diversifiées, où l’on peut rapidement passer d’un univers à l’autre, où chaque département a ses spécificités, toutes dignes d’intérêt.

J’ai choisi d’habiter dans le sud, vers Montpellier parce que j’aime la lumière qui y règne, que les magnifiques paysages sauvages des Cévennes sont tout proches, et que l’on peut rapidement se rendre vers les Calanques de Marseille, la Provence, ou les Pyrénées Orientales de l’autre coté. Mais je garde une affection particulière pour le Massif central, l’Auvergne, la Haute-Loire, le Cantal et le Puy-de-Dôme, dont le charme rustique des paysages n’a rien à envier aux grandes montagnes des Alpes et les Pyrénées.

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Tilby en Auvergne pour Chamina © C. Mounier

C’est un peu moins fréquenté et l’atmosphère y est tellement naturelle et sereine.

Des projets pour 2017 ?

En février je retourne en Inde du nord, à Varanasi, pour poursuivre un projet photographique commencé il y a 2 ans. J’ai récemment découvert Fès, au Maroc, et j’ai très envie de travailler sur cette ville, peut-être en avril. Et puis quelque chose se dessine pour aller faire des images dans les pays du Golfe, à l’automne.

Tout ça en plus des commandes professionnelles, des ateliers photo que j’anime, et des escapades sportives en nature… à peine le temps de s’asseoir !

 

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